MODERATION...

                   

  S'il y avait chez Philippe(1) quelque autre vertu, c'était bien sa capacité à supporter les affronts. Démocharès, qu'on appelait "langue bien pendue" à cause de ses discours excessifs et sans gêne, était venu chez lui avec le reste de l'ambassade athénienne. Après avoir écouté l'ambassade avec bienveillance,  Philippe demanda : "Dites-moi ce que je pourrais faire pour être agréable aux Athéniens". Démocharès prit la parole " Te pendre" dit-il. L'indignation de l'assistance s'étant manifestée devant une réaction si grossière; Philippe lui ordonna de se taire et il renvoya ce thersite(2) sain et sauf." Et vous, les autres ambassadeurs, dit-il, allez dire aux Athéniens que ceux qui tiennent de tels propos sont beaucoup plus orgueilleux que ceux qui les écoutent sans les punir".

    Beaucoup des actes et des paroles du divin Auguste sont dignes de mémoire et il en ressort qu'il ne se laissait pas gouverner par la colère.(...) Timagène, qui écrivait des histoires, avait dit du mal de l'empereur lui-même, de sa femme et de toute sa maison.(...) Souvent César lui conseilla d'utiliser sa langue avec un peu plus de modération. Comme il persistait, il lui interdit sa maison.(...) La maison de César, lorsqu'elle lui fut interdite, ne lui ferma pas les autres demeures.(...) César, comme je l'ai dit, supporta cette situation avec beaucoup de patience.

   Que chacun se dise à soi-même quand il est harcelé " En quoi suis-je plus puissant que Philippe?. Cependant, on a dit du mal de lui impunément. Est-ce que je peux plus dans ma propre maison que n'a pu le divin Auguste sur l'ensemble de la Terre? Pourtant, celui-ci se contenta de se séparer de qui disait du mal de lui. Pourquoi punirais-je une réponse un peu insolente et un visage de même arrogant et des murmures qui n'arrivent même pas jusqu'à moi par des coups de fouet et des chaînes? Qui suis-je pour qu'il soit sacrilège d'attenter à mes oreilles? Beaucoup ont pardonné à leurs ennemis et moi je ne pardonnerais pas aux paresseux, aux méprisants et aux bavards? Aujourd'hui, il déplaît pour la première fois? Songeons qu'il nous a plu pendant longtemps. Il nous a souvent déplu? Supportons le comme nous l'avons toujours supporté. C'est un ami? Il a fait quelque chose qu'il ne voulait pas faire. C'est un ennemi? Il a fait ce qu'il devait."

   (1) Philippe II de Macédoine, père d'Alexandre le Grand.

   (2) Thersite: personnage de L'Iliade qui se moque des rois achéens.

   Traduction: latinistes de seconde-lycée de Sèvres (2004-2005)

   Si qua alia in Philippo virtus, fuit et contumeliarum patientia. Demochares ad illum Parrhesiastes ob nimiam et procacem linguam appellatus inter alios Atheniensium legatos venerat. Audita benigne legatione, Philippus : " Dicite, inquit, mihi facere quid possim quod sit Atheniensibus gratum." Excepit Demochares et : " Te, inquit, suspendere." Indignatio circumstantium ad tam inhumanum responsum exorta erat ;  quos Philippus conticiscere jussit et Thersitam illum salvum incolumemque dimittere. " At vos, inquit, ceteri legati, nuntiate Atheniensibus multo superbiores esse qui ista dicunt quam qui impune dicta audiunt."

   

   Multa et divus Augustus digna memoria fecit dixitque ex quibus appareat iram illi non imperasse.(...) Timagenes, historiarum scriptor, quaedam in ipsum, quaedam in uxorem ejus et in totam domum dixerat.(...) Saepe illum Caesar monuit moderatius lingua uteretur; perseveranti domo sua interdixit.(...) Nullum illi limen praeclusa Caesaris domus abstulit.(...) Tulit hoc, ut dixi, Caesar patienter.

 

  

   Dicat itaque sibi quisque, quotiens lacessitur : " Numquid potientior sum Philippo? Illi tamen impune male dictum est. Numquid in domo mea plus possum quam toto orbe terrarum divus Augustus potuit? Ille tamen contentus fuit a conviciatore suo secedere. Quid est quare ego servi mei clarius responsum et contumaciorem vultum et non pervenientem usque ad me murmurationem flagellis et compedibus expiem? Quis sum cujus aures laedi nefas sit? Ignoverunt multi hostibus : ego non ignoscam pigris, neglegentibus, garrulis?" Nunc primum offendit? Cogitemus quam diu placuerit. Saepe et alias offendit? Feramus quod diu tulimus. Amicus est? Fecit quod noluit. Inimicus? Fecit quod debuit.

   Sénèque, De Ira, III,23

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