LA CRÉATION DU MONDE

 

      

 

        Dieu débrouille le Chaos, en tire les quatre Éléments, et tous les autres corps qui composent le Monde, et les établit chacun dans  le lieu qu'ils doivent occuper.    

 

Avant que la Mer, la Terre, et le Ciel qui les environne, fussent produits, l'Univers entier ne présentait qu'une seule forme. Cet amas confus, ce vain et inutile fardeau, dans lequel les principes de tous les Etres étaient confondus, c'est ce qu'on a appelé le Chaos.  Le Soleil ne prêtait point encore la lumière au monde; la Lune n'était point sujette à ses vicissitudes: la Terre ne se trouvait point suspendue au milieu des airs; où elle se soutient par son propre poids; la Mer n'avait point de rivages; l'Eau et l'Air se trouvaient mêlés avec la Terre qui n'avait point encore de solidité; l'Eau n'était point fluide, et l'Air manquait de lumière: Tout était confondu. Aucun corps n'avait la forme qu'il devait avoir, et tous ensemble se faisaient obstacle les uns aux autres. Le froid combattait contre le chaud, le sec avec l'humide, les corps qui étaient durs attaquaient ceux qui ne faisaient point de résistance: les pesants disputaient avec les légers. Dieu, ou la Nature elle-même, termina tous ces combats, en séparant le Ciel d'avec la Terre, la Terre d'avec les Eaux, et l'Air le plus pur d'avec l'Air le plus grossier. Le Chaos ainsi débrouillé, Dieu plaça chaque corps dans le lieu qu'il devait occuper, et établit les Lois qui devaient en former l'union. Le Feu qui est le plus léger des Eléments, occupa la région la plus élevée; l'Air prit au-dessous du Feu la place qui convenait à sa légèreté; la Terre, malgré la pesanteur, trouva son équilibre, et l'Eau qui l'environne fut placée dans le lieu le plus bas

 

 Après que tous les Êtres vivants furent produits, Prométhée forma l’Homme, en détrompant de la terre avec de l’eau, et Minerve anima son ouvrage

 Après cette première division, Dieu arrondit la surface de la Terre, et répandit les Mers par-dessus. Il permit  aux Vents d'agiter les Eaux, sans toutefois permettre aux vagues de passer les bornes qui leur furent prescrites. Il forma ensuite les Fontaines, les Étangs, les Lacs, et les Fleuves, qui, renfermés dans leurs rives, coulent sur la Terre, où ils sont quelquefois engloutis; ou ils portent leurs Eaux dans la Mer; et comme ils n'ont plus alors d'autres rivages que ceux de l'Océan, ils se trouvent moins pressés que dans les bords qui les resserraient auparavant. Il commanda aussi aux Campagnes de s'étendre, aux Arbres de se couvrir de feuilles, aux Montagnes de s'élever, et aux Vallées de s'abaisser. Il manquait encore au Monde un Être plus parfait: il en fallait un qui fût doué d'un esprit plus élevé; et qui par là, fût en état de dominer sur les autres. L'Homme fut formé, soit que l'Auteur de la Nature l'eût composé de cette semence divine qui lui est propre, ou de ce germe céleste, que la Terre qui ne venait que d'être séparée du Ciel, renfermait dans son sein. Prométhée ayant détrempé de la terre avec de l'eau, en forma l'Homme à la ressemblance des Dieux; et au lieu que tous les autres animaux ont la tête penchée vers la Terre; l'Homme seul la lève vers le Ciel, et porte ses regards jusqu'aux Astres. C'est ainsi qu'un morceau de terre, qui n'était auparavant qu'une masse stérile, parut sous la forme d'un Homme, Etre jusqu'alors inconnu à l'Univers.  

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