CREATION DE L'HOMME,

     LES QUATRE AGES 

        DE L'HISTOIRE.

     Les quatre Ages du Monde suivirent la formation de l'Homme. Le premier fut l'Age d'or, pendant lequel on vit régner sur la Terre l'Innocence et la Justice.

L'Age d'Or commença. On observait alors les règles de la bonne foi et de la justice, sans y être contraint par les Lois. La crainte n'était point le motif qui faisait agir les Hommes: on ne connaissait point encore les supplices. Dans cet heureux Siècle, il ne fallait point graver sur l'airain ces Lois menaçantes, qui ont servi par la suite de frein à la licence. On ne voyait point en ce temps-là de criminels trembler en présence de leurs Juges: la sécurité où l'on vivait, n'était point l'effet de l'autorité que leur donnent les Lois. Les Arbres tirés des Forêts n'avaient point encore été transportés dans un Monde qui leur était inconnu. L'Homme n'habitait que la Terre où il avait pris naissance, et ne se servait point de vaisseaux pour s'exposer à la fureur des flots. Les Villes, sans murailles ni fossés, étaient un asile assuré. Les trompettes, les casques, l'Épée, étaient des choses qu'on ne connaissait pas encore, et le Soldat était inutile pour assurer aux Citoyens une vie douce et tranquille. La Terre, sans être déchirée par la charrue, fournissait toutes sortes de fruits, et ses habitants satisfaits des aliments qu'elle leur pré­sentait, sans être cultivée, se nourrissaient de fruits sauvages, ou du gland qui tombait des chênes. Le Printemps régnait pendant toute l'année: les doux Zéphirs animaient de leur chaleur les fleurs qui naissaient sur la Terre: les moissons se succédaient sans qu'il fût besoin de labourer ni de semer. On voyait de toutes parts couler des ruisseaux de lait et de Nectar, et le miel sortait en abondance du creux des chênes et des autres arbres.

     Dans le Siècle d'Argent, les Hommes commencent à être moins heureux et moins justes que dans le Siècle d'Or. Dans l'Age d'Airain qui leur succède, ils deviennent encore plus méchants; mais leur malice ne se déclare entièrement que dans le Siècle de Fer.

Lorsque Jupiter, après avoir précipité dans le Tartare son Père Saturne, se fut emparé de l'Empire du Monde on vit paraître le Siècle d'Argent. Ce Siècle fut à la vérité, moins heureux que celui qui l'avait précédé; mais il fut plus heureux encore que celui d'Airain qui le suivit. Jupiter ayant abrégé la durée du Printemps, en forma l'Été, l'Automne et l'Hiver, et divisa ainsi l'Année en quatre Saisons; alors les chaleurs excessives rendirent l'Air brûlant, et les Vents froids le glacèrent. . Les Hommes obligés de se mettre à l'abri, se retirèrent dans les Antres, dans les buissons les plus épais, ou sous des cabanes: telles furent leurs premières maisons. Enfin, la Terre, pour être fertile, eut besoin d'être cultivée, et il fallut lui confier l'espérance du Laboureur. A ces deux âges succéda celui d'Airain. Les Hommes devenus plus farouches, commencèrent alors à ne respirer que la Guerre. Cependant, ils ne se portèrent point encore à cet excès de scélératesse qui fut le caractère du Siècle de Fer. Ce fut alors qu'on vit un débordement général de tous les vices. La pudeur, la bonne foi, et la vérité bannies de la Terre firent place à la fraude, à la trahison, à la violence, et à une avarice insatiable. Le Pilote s'abandonna aux Vents qu'il ne connaissait point; les arbres changés en vaisseaux, quittèrent le séjour des montagnes, pour aller braver les vagues et les flots. II fallut marquer par des limites, le partage de cette même Terre, qui jusqu'alors avait été commune, de même que l'air et la lumière. Peu contents des abondantes moissons et des autres aliments qu'ils en retiraient, les Hommes allèrent fouiller jusque dans ses entrailles, pour en arracher les trésors qu'elle tenait cachés dans les lieux les plus profonds, comme si elle eût craint d'irriter leur convoitise. A peine en eut-on retiré le fer, et l'or encore plus pernicieux que le fer, que l'on vit naître la Discorde, qui employa l'un et l'autre, et qui d'une main ensanglantée fit retentir de tous côtés le bruit des armes, On ne vécut que de rapines; l'hospitalité ne fut plus un asile assuré; le beau-père commença à redouter son gendre, et la paix ne régna que rarement entre les frères. Le mari attenta sur la vie de sa femme, la femme sur celle de son mari. La cruelle marâtre employa le poison; les enfants abrégèrent les jours de leurs Pères. La piété fut méprisée et abandonnée de tout le monde; et de toutes les Divinités, Astrée quitta la dernière le séjour de la Terre qu'elle vit couverte   de sang.    

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