Virgile, L’Enéide

Traduction en vers de Léna Jaillet

Mais la reine depuis longtemps,

Touchée par un profond tourment,

Nourrit une blessure en son sein

Et est consumée par un feu malsain.

Sans cesse le courage de l’homme revient dans son esprit

Et sans cesse revient aussi l’honneur de son peuple maudit ;

Dans son âme, son visage et ses paroles sont fixés,

Et le tourment, cet enfer, la laisse éveillée.

L’aurore suivante, du flambeau de Phébus, illuminait les Terres

Et avait repoussé du ciel les ténèbres et l’obscurité amère.

Alors, égarée, elle parle à sa sœur,

Avec qui elle partage ses mœurs.

Anne, sœur, que d’indécisions et que de songes me font trembler!

Quel hôte extraordinaire de nos demeures s’est approché !

Quelle assurance fait de lui partie intégrante !

Comme son cœur et ses armes sont vaillants !

Je crois que des dieux il fait parti

Et ma conviction n’est pas folie.

La crainte révèle un esprit d’une très grande pauvreté.

Hélas ! Par quel destin ce héros a-t-il été chahuté ?

Quelle guerre avait-il supportée jusqu’au bout et chantait-il maintenant !

S’il n’était pas irrévocable dans mon esprit et établi entièrement

Que je ne veuille m’unir par le lien conjugal à personne en aucun cas,

Après que mon premier amour me déçut et que par la mort il me trompa,

Si à la chambre et à la torche nuptiale je n’avais pas renoncé,

Pour lui seul peut-être j’aurais pu succomber à la faute invétérée.