INTRODUCTION : LES JEUX

 

 

Les jeux publics constituent, dès l'origine, un acte religieux. Sous l'Empire, ce caractère religieux n’est plus strictement observé, même si les jeux conservèrent toujours un caractère sacré.

 

I/ Les jeux

 

Les jeux n'ont lieu qu'une fois par an et sont, par exemple, destinés à remercier les dieux pour avoir accordé la victoire. Ils occupent 77 jours à la fin de la République, et 175 sous l'Empire. Ce sont les magistrats (édiles et préteurs) qui sont chargés de leur organisation. Mais il peut aussi y avoir des particuliers, sous la République, qui offrent des jeux au peuple. Ils durent généralement toute une journée.

 

Les jeux du cirque sont sans doute les plus anciens. On y présente des jeux gymniques ou des défilés militaires. Mais les plus populaires sont les courses de chars.

 

Les jeux de l'amphithéâtre présentent particulièrement des combats de gladiateurs, des combats de bêtes et des chasses. Les combats de gladiateurs firent leur apparition au IIIème siècle av. J.-C. Il ne s'agissait alors que d'un rite religieux privé. Le premier amphithéâtre de bois ne date que de 56 av. J.-C., et le premier construit en pierre de 27 avant notre ère.

 

 

 

« Le hasard m’avait mené à midi à l’amphithéâtre ; dans les combats de la matinée, on avait

fait preuve d’humanité. En ce moment, trêve de plaisanteries : c’étaient de purs massacres.

[…] Le matin, on livre des hommes aux lions et aux ours ; à midi, c’est aux spectateurs qu’on

les livre. »

Sénèque, in De Tranquillitate animi

 

 

Les jeux scéniques:ils sont introduits à Rome en 264 av. J.-C. par les Etrusques. Le premier édifice de pierre est construit par Pompée en 55 av. J.-C., jusque- là, on jouait sur des tréteaux en bois démontés une fois les jeux terminés.

 

Les jeux du stade ne connaissent pas un grand succès. Rome ne connut qu'un stade permanent construit par Domitien.

 

 

 

II/ Les spectacles

 

Il y avait plusieurs sortes de spectacles antiques :

 

    * Les chasses (venationes);

    * Les exécutions de condamnés à mort;

    * Les combats de gladiateurs.

    * Les naumachies

    * Les courses

 

Antiquae urbis splendor, Giacommo Lauro (Coll. Part.)

 

1) Les chasses

 

Les chasses –venationes- avaient traditionnellement lieu le matin. Sous le nom de chasses, on désignait des distractions populaires au cours desquelles des animaux plus ou moins dangereux étaient lâchés dans l'arène et des hommes s'employaient à les combattre.

Les lions, les tigres, les panthères, voisinaient avec des éléphants, des rhinocéros, des girafes, des taureaux, des ours et, pour détendre les tensions au sein du peuple, on lâchait des lièvres et des lapins dont les fuites éperdues devant des chiens ne pouvaient manquer de provoquer le rire. Un autre genre de chasse consistait à mettre en présence des animaux dangereux que l'on estimait à peu près d'égale force. Il arrivait quelquefois que le combat les répugne, on les y obligeait en les attachant par une chaîne.

 

« Les chasses aux fauves sont magnifiques, je ne peux le nier. Mais quel plaisir peut trouver

un homme de goût à voir un fragile être humain déchiré par une bête sauvage d’une force

terrible, ou un élégant animal transpercé par une lance ? »

Cicéron

 

Antiquae Urbis splendor, Giacomo Lauro (Coll. Part.)

 

 

 

2) Les exécutions de condamnés à mort

 

A l'heure du déjeuner, devant des gradins souvent vides, martyrs chrétiens et condamnés étaient exécutés lors de spectacles sanglants. D'après la loi romaine, les citoyens condamnés à mort périssaient par le glaive ; mais on livrait aux bêtes fauves, dans les amphithéâtres, les esclaves ou les étrangers condamnés. On variait les destructions au gré de ceux qui les ordonnaient. Tantôt, le condamné était poussé à coups de fouet, par un valet d'amphithéâtre, contre l'animal qui devait le dévorer ou le détruire, tantôt, ce condamné, monté sur un chariot, était lié à un poteau et dirigé vers les fauves.

 

3) Les combats de gladiateurs

 

Mais, de tous les spectacles, celui qui avait la préférence des Romains était le combat de gladiateurs. Ces combats avaient lieu l'après-midi dans une atmosphère surchauffée.

Grâce à de nombreuses recherches historiques, la gladiature est perçue comme un véritable sport de combat pratiqué par des volontaires extrêmement bien entraînés. Même si la mort est toujours présente, elle n’a jamais un caractère systématique.

 

Aux IIe et IIIe siècles de notre ère, les gladiateurs sont presque exclusivement des hommes libres qui ont choisi ce métier à risque. Les motivations sont la recherche de la gloire, de l’argent et l’intégration à un monde qui fascine tous les Romains du plus riche au plus pauvre. Pour cela, le nouveau gladiateur signe un contrat par lequel il abandonne pour le temps de son engagement son statut d’homme libre et se place sous l’autorité du propriétaire d’une troupe de gladiateur, le lanista.

 

Une fois engagé, le nouveau gladiateur n’entre pas immédiatement dans l’arène. Il offrirait alors un piètre spectacle, le public exigerait sa mort et cela nuirait à la réputation de sa troupe. Pour présenter un combat très technique et spectaculaire, il doit rejoindre une école appelée ludus. Dans cette école il est confié aux soins d’un doctor ou entraîneur. Cet entraîneur qui est souvent un ancien gladiateur, lui fait acquérir un grand nombre de compétences dans différents secteurs, techniques, physiques et mentaux tout en intégrant une donnée fondamentale de la gladiature : le spectacle. Toute la science de son doctor fera de lui une star ou un mort en sursis. Des ludi municipaux existent dans de grandes villes telles que Capoue, Pompéi ou Cordoue. Nîmes possède aussi son école comme en témoigne l’existence du doctor Latinus qui a offert un monument funéraire à l’un de ses élèves. Des écoles « impériales » se mettent aussi en place dès l’époque de César. Entraînés à Rome, ou dans d’autres cités, ces gladiateurs impériaux sont des vedettes particulièrement recherchées.

 

 

4) Les naumachies

Les naumachies étaient de grandes mises en scène de combats navals. Elles avaient la particularité de développer des thèmes historiques ou pseudo-historiques : chacune des flottes qui s'affrontaient incarnait un peuple célèbre pour sa puissance maritime dans la Grèce classique ou l'Orient hellénistique : Égyptiens et Tyriens pour la naumachie de César, Perses et Athéniens pour celle d'Auguste, Siciliens et Rhodiens pour celle de Claude. En outre, elles nécessitaient des moyens considérables, supérieurs même à ceux des plus grands combats par troupes, ce qui en faisait des spectacles réservés à des occasions exceptionnelles, étroitement liées à la célébration de l'empereur, de ses victoires et de ses monuments. Petite anecdote : selon Suétone, c’est sous le règne de Claude que les gladiateurs avaient dû saluer leur empereur avant une naumachie par le célèbre « Ave Caesar, Morituri te salutant »

 La première naumachie connue est celle que donna Jules César à Rome en 46 av. J.-C. lors de son quadruple triomphe. Après avoir fait creuser un bassin près du Tibre, capable de contenir de véritables birèmes, trirèmes et quadrirèmes, il mit aux prises 2 000 combattants et 4 000 rameurs, des prisonniers de guerre. Elle fut sans doute une simple fosse creusée dans la berge du Tibre.

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Antiquae Urbis splendor, Giacomo Lauro (Coll. Part.)

 

a- Les naumachies d’amphithéâtre

Sous Néron apparut une nouveauté: la naumachie d'amphithéâtre. Suétone et Dion Cassius attestent en effet la présentation d'un spectacle de combat naval en 57 après J.-C., dans un amphithéâtre de bois, construit sur le Champ de Mars. Néron donna une autre naumachie en 64, probablement dans le même amphithéâtre.

Pour l'inauguration du Colisée, en 80 après J.-C., Titus donna deux naumachies, l'une dans le bassin d'Auguste, opposant là encore plusieurs milliers d'hommes, et l'autre dans le nouvel amphithéâtre. Enfin, selon Suétone, Domitien organisa une naumachie dans le Colisée, sans doute vers 85, et une autre en 89 dans un nouveau bassin creusé au-delà du Tibre.

L'arène du Colisée ne mesurait que 79,35 x 47,20 m environ, ce qui est très loin des dimensions du bassin d'Auguste. Les naumachies d'amphithéâtre ne pouvaient donc avoir l'ampleur des spectacles antérieurs. On peut envisager qu'elles aient pris la forme d'une confrontation entre les équipages de deux reproductions de navire de guerre, d'une taille réelle ou presque, mais qui n'avaient ni à manœuvrer, ni même à flotter réellement. On sait en effet que des décors de navires, parfois dotés de mécanismes destinés à donner l'illusion d'un naufrage, étaient utilisés tant à l'amphithéâtre qu'au théâtre

b- La mise en eau des amphithéâtres

Mais la mise en eau de l'arène, surtout, soulève de nombreuses interrogations. En effet, celle-ci n'était pas destinée spécifiquement aux spectacles aquatiques et devait rester disponible pour les chasses et les combats de gladiateurs. L'alternance rapide entre spectacles terrestres et spectacles aquatiques semble avoir été la principale attraction de cette innovation. L'étude des seules sources écrites ne nous apporte aucune information sur les modalités pratiques de cette performance.

Seuls deux édifices provinciaux, ceux de Vérone et de Mérida, sont susceptibles d'apporter quelques éléments d'information de caractère technique.

La fosse centrale de l’amphithéâtre de Vérone était en effet d'une profondeur nettement inférieure à celle des pièces de service habituellement aménagées sous l'arène. Il s'agit donc peut-être d'un bassin. Deux conduits axiaux le rejoignaient. L'un, circulant directement sous la galerie Ouest de l'arène, et sans communication avec les caniveaux d'évacuation des eaux pluviales, devait être relié à un aqueduc pour alimenter le bassin. Le conduit Est, qui circulait plus profondément, devait être destiné à évacuer les eaux vers l’Adige. De même, l'arène de l’amphithéâtre de Mérida révélé une fosse encore moins profonde que celle de Vérone: 1,50 m. Il est ici totalement exclu de penser à une pièce de service souterraine, puisque sa profondeur est inférieure à celle d'un homme debout. Ce bassin était en outre muni d'escaliers et recouvert d'un revêtement étanche analogue à celui des piscines des thermes. Il était lui aussi desservi par deux conduits axiaux. Le conduit Ouest devait être relié à un aqueduc qui passait non loin du monument (aqueduc San Lazaro).

Les dimensions des deux bassins excluent cependant que des naumachies, même simplifiées, y aient été données : celui de Mérida ne mesure ainsi que 18,55 x 3,70 m. Seuls des spectacles aquatiques plus modestes pouvaient y trouver place. Par conséquent, même en supposant que le Colisée ait possédé un bassin analogue avant la réalisation des hypogées, il faut admettre que pour présenter les naumachies, on le faisait légèrement déborder afin de donner l'illusion d'une nappe d'eau couvrant toute la surface de l'arène autour des deux navires.

 

 

Marie Monmousseau, Alizée Moreau, Alice Gaudillat