Petite histoire des jeux.

 

Les origines des jeux

 

L’histoire des jeux est longue et complexe. Elle est faite des nombreux « bricolages » permanents. Les jeux connus sous le nom de « jeux romains »  ont donc diverses origines : même avant la création de Rome, des formes de sports rassemblant les gens existaient déjà chez les Grecs et les Etrusques. La tradition attribue aussi à Romulus la création des jeux Capitolins et à Tarquin l’Ancien celle des Grands Jeux  ou Jeux Romains.

 

Les origines grecques

Dès 1500 av J.C., on pouvait observer des bas-reliefs crétois attestant des  pratiques sportives grecques : lutte, course et combat ou acrobaties avec taureaux notamment. Certains historiens considèrent que les Crétois débarquèrent dès cette période à Olympie où ils érigèrent un stade et y disputèrent des courses à pied.

 

Les origines Etrusques

 

Les Etrusques étaient un peuple assez évolué, venu peut-être d'Orient vers l'an mille avant J.-C.
Les dynasties étrusques organisèrent des compétitions qui sont restées célèbres.

Ces jeux athlétiques étaient en général des jeux funèbres, qui ont une fonction rituelle : ils aident à franchir le " passage " et leur représentation picturale prolonge l'efficacité rituelle de ces jeux en les pérennisant.

Dans une tombe découverte en 1958 qu'on a appelée la " Tombe des Olympiades " sont représentés la plupart des sports pratiqués chez les Étrusques : la boxe, la course à pied, le saut en longueur, le lancer du disque et, sans doute, le pentathlon. Un sport semble privilégié par les auteurs de fresques, c'est la course de char, à deux et à trois chevaux.

Les Romains avaient repris aux Etrusques l'usage d'immoler sur le tombeau des guerriers morts, des prisonniers de guerre ou des esclaves. Mais on sait aujourd’hui de façon à peu près certaine que les combats de gladiateurs sont apparus en Campanie, la région de Naples au sud de Rome.
Aux funérailles de Junius Brutus, ses fils, révoltés de la cruauté de ces sacrifices humains et craignant néanmoins de manquer à la mémoire de leur père, choisirent de faire combattre les captifs par couples autour du bûcher funèbre. Les Romains s'engouèrent pour ces spectacles et les combats se multiplièrent avec une très grande profusion.

Romulus

 

Selon la légende Romulus organisa le rapt des Sabines, les filles d’un peuple voisin, pour permettre la reproduction du peuple romain. Il prépara une fête et des jeux auxquels il invita les peuples voisins. A un signal convenu, les Romains commencèrent à enlever les jeunes femmes. Ces jeux furent les premiers considérés comme Jeux Romains
La Rome républicaine ne s'occupa plus d'athlétisme. Mais elle fut profondément marquée par ses origines étrusques : en témoigne le succès permanent des courses de quadrige, héritières des compétitions hippiques d'Etrurie.

 

Tarquin

 

En 600 av J.C., Tarquin l'Ancien (roi étrusque de Rome  de -616 à -578) érigea selon de nombreux historiens le Circus Maximus dans la vallée de la Murcia, haut lieu du sport romain où se tenaient les fameuses courses hippiques. Les courses de chars sont sans contestation possibles « le » sport roi de l’Antiquité. Les cochers (Auriges) sont de véritables stars au même titre que les chevaux.

Toutes  ces manifestations furent donc les prémices de ce que nous appelons les Jeux Romains, connus aussi sous le nom de ludi.

 

 

 

 

Le développement des jeux à Rome

 

 

Origine des ludi

 

Plusieurs fois par an était organisée à Rome une fête collective que les Romains appelaient les ludi. Cette fête durait un jour au début de la République et jusqu'à quinze jours au Ier siècle avant J.-C..
Les ludi, épreuves sportives ou jeux, avaient lieu à Rome pendant les « jours fériés ». Sur plusieurs dizaines de jours néfastes, quarante-cinq jours étaient consacrés aux fêtes accompagnées de prières, de sacrifices en l'honneur des dieux, de processions et de ludi. A l'origine, ces ludi étaient des courses de chars.

 

Au cours des siècles, les jeux se multiplient. Les empereurs instaurent des Jeux pour commémorer leurs victoires, leur avènement, l'anniversaire de leur naissance. Assistaient à ces réjouissances les Romains et les étrangers, venant de toutes les provinces à Rome. On dressait parfois des tentes autour des lieux sportifs pour loger les étrangers.

 

L’organisation des jeux

 

La célébration des jeux relevait du culte et avait originellement un caractère sacré : leur date figurait au calendrier officiel et ils se déroulaient à l'occasion de grandes fêtes religieuses.
Mais il y avait aussi des jeux publics exceptionnels ou offerts par des particuliers. Les grands jeux annuels (au nombre de 6) revenaient à date fixe : parmi ceux-ci les ludi Romani ou Magni, en l'honneur de Jupiter, célébrés pour la première fois par Romulus (ils permirent l'enlèvement des Sabines), les ludi Apollinares, dédiés à Apollon, les ludi Megalenses en l'honneur de Cybèle, les Floralia en l'honneur de Flore et les Cerealia en l'honneur de Cérès.

Les dépenses des jeux étaient supportées par le Trésor mais bon nombre de magistrats y laissèrent leur fortune dans le but de s'attirer la faveur du peuple.
Les empereurs ont vite compris la dimension politique des jeux; c'était l'occasion de manifester au peuple leur puissance et leur générosité. En plus de l'occasion gratuite de se distraire, la foule y trouvait une recherche d'originalité évidente : distribution de cadeaux, de repas gratuits, de fruits exotiques, de vin... Et si les spectacles sont une occasion pour les empereurs de se montrer à leurs sujets, ces derniers trouvent là le moyen de s'exprimer (les assemblées populaires ont disparu) et de se sentir les maîtres du monde.

 

Un débordement festif

Pendant les jeux, la fête ludique règne sur la Ville, parenthèse dans la vie quotidienne, les durs travaux de la terre, les soucis de la politique et la discipline des camps. 

C'était la licentia ludicra, la liberté sans retenue des jeux. Au cirque, chaque citoyen romain pouvait laisser éclater sa joie. Tout le monde à Rome  pouvait aussi se retrouver dans les gradins de l’arène ou du cirque et encourager ses favoris dans une ambiance « survoltée ». Pendant ces brefs instants de déchaînements populaires, le citoyen romain oubliait tous ses soucis du quotidien.

 

Un rituel religieux

 

Les ludi étaient un de ces plaisirs spécifiquement urbains où affluaient les Romains de la campagne. Mais le plaisir donné par les jeux était indissociable de leur fonction rituelle.

Lorsque plus de 100 000 Romains se retrouvaient dans le Grand Cirque où aboutissait la procession solennelle, au pied du Palatin, c'était pour jouir en commun, et avec les dieux, eux-mêmes installés sur des coussins, du spectacle des courses. La convivialité du Cirque, ce partage par toute la cité des mêmes plaisirs était un des rites fondamentaux de la religion publique.

 

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Amours faisant une course de char. Musée du Louvre. Photo: Charlotte Oucif.

 
 
Mutations entre République et Empire

 

 

Ces mutations ne se firent pas du jour au lendemain, mais cette période fut une période de changement.

Le principal changement entre les jeux sous la République et les jeux sous l’Empire fut l’importance qu’ils prirent. Par exemple, la saison des jeux commençait à l'équinoxe de printemps et finissait avant l'hiver; pendant ces huit mois, 67 jours étaient consacrés aux jeux périodiques. Mais ils vont se multiplier à la fin de la République, et, sous l'Empire, on comptera jusqu'à 175 jours de jeux.

Le nombre de gladiateurs changea aussi, passant d’une vingtaine de couples se battant vers 50 av J.C. à plusieurs centaines sous Tibère.

 

Sous la République, c'étaient les édiles qui avaient la charge d'organiser les jeux et les plus importants étaient accompagnés de représentations théâtrales.
Sous l'Empire, lorsque le prince avait décidé de donner des jeux extraordinaires, il nommait des curateurs aux jeux, chargés de les préparer.

 


Mais en 27 ap. J.C. se passa la Catastrophe de Fidènes. Profitant de la politique d’austérité de Tibère, certains opportunistes mirent sur pied des épreuves qui ne bénéficiaient pas toujours des meilleures conditions de sécurité. L’effondrement d’un amphithéâtre édifié à la hâte à Fidènes, à quelques kilomètres de Rome, marqua profondément les Romains. Tacite qui relate la tragédie dans ses Annales, cite le chiffre de 50 000 morts et blessés ! Suite à cette catastrophe, la législation sur l’organisation de spectacles sportifs fut très sévèrement réglementée dans l’Empire. Mais l’importance des jeux ne décrut pas.

 

 

Fin des jeux

 

Les origines religieuses des combats de gladiateurs expliquent sans doute que les jeux du stade aient été très peu critiqués. Les critiques ne débutent qu’avec le développement du christianisme. Et encore restent-elles étonnamment modérées. Certains chrétiens ont bien dénoncé le fait que les spectacles tombaient dans la luxure et l’impudence. D’autres ont protesté parce que ces jeux détournaient l’homme de la nécessaire recherche de son salut, c’est-à-dire que les jeux étaient des obstacles à une vie pure permettant l’entrée au paradis chrétien. Ces critiques, redoublées dès l’arrivée de chrétiens au pouvoir, n'ont pas eu raison des jeux.

La fin des jeux du cirque est amorcée par un édit de Constantin en 326 après J.C. qui interdit aux juges de condamner aux bêtes, au bénéfice de travaux forcés dans les mines. Les combats de gladiateurs seront interdits par Honorius, empereur d'Occident en 404, et la mesure sera confirmée par son neveu Valentinien III en 438. Ce sont des raisons économiques, comme le prix de plus en plus élevé de ces spectacles, alors que la valeur de l’argent diminuait, davantage que la condamnation morale, qui ont conduit à la disparition de ces spectacles violents, cruels, et pourtant très populaires.

 

Mais les jeux romains continuèrent même après le déclin de Rome. Les jeux exaltent la puissance de l'Empereur représentant de Dieu sur terre. Ainsi à Byzance, l’autre capitale de l’Empire, il y avait encore des formes de jeux qui rassemblaient les populations. Le sport central était toujours les courses de chevaux, mais avec de nombreux divertissements autour comme de la danse et la musique.

Mais une si grande institution ne pouvait pas disparaître brusquement. Au XIIème siècle, les courses de chars tombèrent de plus en plus en désuétude par rapport aux autres spectacles.

 

Benoît Rudent, terminale Latin, Sèvres.