JOUTE ENTRE PAN ET APOLLON

   Pan charmé des éloges que lui donnaient les nymphes qui l'entendaient jouer de la flûte, en devint si fier qu'il osa défier Apollon. Tmole pris pour arbitre, jugea que le son de la Lyre de ce Dieu l'emportait sur la Flûte de Pan, tout le monde souscrivit à ce jugement. Midas fut le seul d'un avis contraire, Apollon pour punir et marquer sa stupidité, lui donna des Oreilles d'Ane. Comme personne ne s'était aperçu de cette vengeance d'Apollon, Midas cachait avec soin cette difformité, mais son Barbier l'ayant découverte, n'en osant rien dire, il fit un trou en terre où il déposa un secret qui l'embarrassait. il en sortit peu de temps après des Roseaux qui publièrent que Midas avait des Oreilles d'Ane.

 

 

 

   Midas haïssant depuis ce temps-là l'or et les richesses, n'était occupé que des plaisirs de la vie champêtre; compagnon de Pan, il le suivait dans les montagnes et dans les antres où il se retirait; mais le commerce de ce Dieu ne le rendit ni plus subtil, ni plus délié: sa stupidité devait encore lui être fatale. Le Tmole est une Montagne qui s'étend depuis Sardes jusqu'à la petite ville d'Hypépe. Elle est fort élevée et fort escarpée, et de son sommet on découvre la Mer. C'était sur cette Montagne que Pan s'applaudissant un jour en présence de quelques jeunes Nymphes qui l'écoutaient, sur la beauté de sa voix et sur les doux accents de sa flûte, eut la témérité de les préférer à la Lyre et aux chants d'Apollon. Il poussa la vanité jusqu'à lui faire un défi, et prit le vieux Tmole pour l'arbitre d'un combat si inégal. Pour être en état de mieux entendre, ce Dieu, après s'être assis sur le sommet de sa Montagne, écarta tous les arbres qui étaient autour de ses oreilles, et ne garda qu'une couronne de chênes, dont les glands pendaient sur son front. S'étant ensuite tourné du côté de Pan, il lui dit qu'il n'avait qu'à commencer, et qu'il était prêt à l'entendre. Pan se mit aussitôt à jouer sur sa flûte un air champêtre, dont Midas, qui était présent à cette dispute, parut enchanté. Après que Pan eut fini, Tmole se tourna du côté d'Apollon, et toute la Forêt suivit le mouvement de sa tête. Apollon couronnéde laurier, et vêtu d'une robe couleur de pourpre, qui traînait jusqu'à terre, se leva pour chanter à son tour. Il tenait de la main droite l'archet, et de la main gauche une Lyre d'ivoire enrichie de pierres précieuses, qu'il toucha avec tant de délicatesse, que Tmole charmé de ses doux accents, décida que la Flûte de Pan devait céder la victoire à la Lyre d'Apollon. Tous les assistants approuvèrent un jugement si sage: Midas seul osa le blâmer, et le trouva injuste. Apollon ne voulant pas que des oreilles si grossières conservassent plus longtemps la figure de celles des autres hommes, les lui allongea, les couvrit de poil, et les rendit mobiles: en un mot il lui donna des oreilles d'âne. Le reste de son corps ne fut point changé. Midas prenait grand soin de cacher cette difformité et la couvrait sous une Tiare Magnifique. Le Barbier qui avait soin de ses cheveux, s'en était aperçu, mais il n'avait osé en parler à personne. Incommodé de ce secret, il va dans un lieu écarté, fait un trou dans la terre, s'en approche le plus près qu'il lui est possible, et dit d'une voix basse que son maître avait des oreilles d'âne, ensuite il rebouche le trou, croyant y avoir enfermé son secret, et se retire. Quelque temps après il sortit de cet endroit une grande quantité de roseaux, qui étant secs au bout d'un an, et étant agités par le vent, trahirent le Barbier en répétant ses paroles, et apprirent à tout le monde que Midas avait des oreilles d'âne.

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