Le loup et le renard jugés par le singe     

Quicumque turpi fraude semet innotuit,

etiam si verum dicit, amittit fidem.

Hoc attestatur brevis Aesopi fabula.

Lupus arguebat vulpem furti crimine;

negabat illa se esse culpae proximam.

Tunc judex inter illos sedit simius.

Uterque causam cum perorasset suam,

dixisse fertur simius sententiam:

"Tu non videris perdidisse quod petis;

te credo surripuisse quod pulchre negas."

   I, 10

   suivant/sommaire

 

Quiconque se fait connaître par un crime honteux,

perd toute crédibilité, même s'il dit la vérité.

Voilà ce que prouve une courte histoire d'Esope.

Un loup accusait un renard d'un vol;

celui-ci niait être l'auteur de ce délit.

Alors un singe vint siéger dans cette affaire les opposant.

Comme chacun des deux avait plaidé sa cause,

on dit que le singe rendit sa sentence:

"Toi, tu ne sembles pas avoir perdu ce que tu réclames;

quant à toi, je crois que tu as dérobé ce que tu nies habilement avoir volé."

 

    le loup plaidant contre le renard par devant le singe (La Fontaine)

     Un loup disait qu'on l'avait volé :

Un renard, son voisin, d'assez mauvaise vie,

Pour ce prétendu vol par lui fut appelé.

     Devant le singe il fut plaidé,

Non point par avocats, mais par chaque partie.

     Thémis n'avait point travaillé,

De mémoire de singe, à fait plus embrouillé.

Le magistrat suait en son lit de justice,

     Après qu'on eut bien contesté.

     Répliqué, crié, tempêté,

     Le juge, instruit de leur malice,

Leur dit :" Je vous connais de longtemps, mes amis:

      et tous deux vous paierez l'amende;

Car toi, loup, tu te plains, quoiqu'on ne t'ait rien pris;

Et toi, renard, as pris ce qu'on te demande."

Le juge prétendait qu'à tort et à travers

On ne saurait manquer, condamnant un pervers.

   II, 3