Le vieillard et l’âne

In principatu commutando, saepius

Nil praeter domini nomen mutant pauperes.

Id esse verum parva haec fabella indicat.

Asellum in prato timidus pascebat senex.

Is, hostium clamore subito territus,

Suadebat asino fugere, ne possent capi.

At ille lentus : "Quaeso, num binas mihi

Clitellas impositurus victirem putas, "

Senex negavit. "Ergo quid refert me

Cui serviam, clitellas portem meas? "

   II, 23

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Lors d'un changement de pouvoir, assez souvent

rien ne change pour les pauvres, si ce n'est le nom de leur maître.

Cette petite fable montre que cela est vrai.

Un vieillard craintif faisait paître son petit âne dans un pré.

Celui-ci, terrifié par les cris soudains de l'ennemi,

engageait son âne à fuir pour qu'ils ne soient pas capturés.

Mais celui-ci impassible:"Dis-moi? Crois-tu

que le vainqueur me fera porter double charge?"

Le vieillard lui répondit que non."Alors que m'importe

qui je sers, du moment que je porte toujours le même fardeau?

 

          Le vieillard et l'âne (La Fontaine)

Un vieillard sur son âne aperçut en passant

    Un pré plein d'herbe et fleurissant:

Il y lâche sa bête, et le grison se rue

    au travers de l'herbe menue,

    Se vautrant, grattant, et frottant,

    Gambadant, chantant et broutant,

    Et faisant mainte place nette.

    L'ennemi vient sur l'entrefaite.

_"Fuyons, dit alors le vieillard.

_ Pourquoi? répondit le paillard;

Me fera-t-on porter double bât, double charge?

_ Non pas, dit le vieillard, qui prit d'abord le large.

_Et que m'importe donc, dit l'âne, à qui je sois?

    Sauvez-vous, et me laissez paître.

    Notre ennemi, c'est notre maître:

    Je vous le dis en bon français.

   VI, 8