ROME     

                                  Saison 1 et 2

 

  Un article de Paul-Henri Pillet (latin 1¡S4)

 

 

   Oubliez tout ce que vous saviez sur la Rome antique, sur la poésie, les temples, ou les discours enflammés de Cicéron! Oubliez la vision astérixienne de Jules César et de la guerre des Gaules! Car vous risquerez alors d’être perdu en regardant la nouvelle super-production hollywoodienne : Rome.

   Cette série télévisée commence par une bataille, laquelle est suivie par la célèbre scène où Vercingétorix, symbole de l’orgueil gaulois (et parfois français), est déshabillé et forcé de s’agenouiller devant le gouverneur romain avant d’embrasser l’aigle de la 13ème légion.

   Jusque-là, rien a priori ne pourrait troubler la légendaire vision que vous aviez de Jules César. Mais s’en suit une âpre lutte politique entre les différentes familles romaines, entre la plèble et la noblesse, entre les républicains et les partisans d’une future dictature, voire d’un futur empire. Les phrases historiques, telles que « Alea jacta est », « Tu quoque, mi fili », sont absentes de la série. César franchit le Rubicon sans dire un mot. On est alors surpris. Les batailles, quant à elles, sont évoquées, mais très peu représentées à l’écran.

   Rome suit ainsi le parcours de César, Pompée, Brutus, Marc-Antoine, Octave, Caton, Cicéron, Servilia (la mère de Brutus), Atia (la mère d’Octave). Mais Rome suit aussi l’histoire insolite de deux soldats romains de la 13ème légion : Titus Pullo et Lucius Vorenus, cités par Jules César sans «  De Bello Gallico », mais dont l’ascension sociale dans la société romaine sera totalement inventée par l’auteur. On découvre ainsi une autre partie de Rome, les quartiers pauvres et insalubres, là où les milices sont engagées par l’aristocratie romaine, là où sont recrutés les tueurs.

   On assiste aussi aux premières réflexions d’Octave, le futur Auguste, sur la société romaine, aux premières représentations théâtrales, à la façon dont sont traités les esclaves, aux manœuvres politiques qui vont conduire à la guerre civile. Des passages font sourire les spectateurs, des moments de grandes libertés de la part de l’auteur : ainsi, César n’ose pas punir Titus Pollo et Lucius Vorenus, coupables d’avoir laissé filer Pompée, car il confiera par la suite à son secrétaire que ces deux soldats doivent être protégés des dieux…, comme le fils de Cléopâtre et de César qui serait en fait, celui de Cléopâtre et de Titus Pullo…

   A travers cette série, on comprend toute l’importance que prend cette ville : centre politique, religieux du monde antique, où la destinée de toutes les provinces romaines dépendra de celui qui saura manier au mieux les hommes, les manipuler, les menacer, voire même les humilier. Rome est une ville où seuls les puissants imposent leur loi.

   Cicéron est une figure intéressante de la série, la plus surprenante. Cicéron est montré comme un homme de convictions, influent, mais faible, qui s’allie aux puissants pour rester en vie, et qui, lorsque les moments difficiles arrivent, se réfugie dans sa villa dans la campagne romaine.

   Vous l’aurez compris, Rome tend à se démarquer de tous les peplums réalisés sur le sujet, tant par sa nouveauté que par son insolence. Si la saison 1 vous a plu, la saison 2 arrive bientôt, qui commence in media res avec la forte tension qui règne dans la ville après le meurtre, ou le tyrannicide, de César. Octave est alors le fils adoptif de César, au grand dam de Marc-Antoine, et des partisans de la République…