Tout le monde connaît l’adjectif « stoïque » qui désigne l’attitude par laquelle des personnes affrontent la douleur ou l’adversité avec courage, dignité ou résignation. Ces qualités morales sont en effet défendues par les Stoïciens, mais à l’intérieur d’un système philosophique qui repose sur une conception globale de l’univers. L’attitude dite stoïque n’est alors qu’une caricature ou une conséquence partielle de ce qu’est en son entier l’éthique stoïcienne.

Si l’on entrait dans les détails, il faudrait même préciser qu’il y a une grande évolution depuis le stoïcisme primitif de Zénon de Cittium, au IIIème siècle avant JC, fondateur de l’Ecole, jusqu’à Marc-Aurèle, IIème siècle après JC. Pour s’en tenir aux grandes lignes, la conception stoïcienne du monde est moniste, matérialiste, rationaliste et panthéiste.

Moniste (de monos, un) car elle refuse l’idée de distinguer comme le Platonisme deux substances fondamentalement différentes, la matière d’une part, l’esprit d’autre part. Comme leurs grands rivaux, les Epicuriens, les Stoïciens sont matérialistes : pour eux, même la pensée est un phénomène matériel et ce qui n’est pas susceptible d’être matériel n’a pas de réalité effective (pour cette raison, par exemple, ni le passé ni le futur ne sont à strictement parler réels). Pour prendre une image, il faudrait concevoir l’univers tout entier comme un immense organisme vivant, une seule totalité que l’on pourrait d’ailleurs appeler Dieu, à cela près que, pour les Stoïciens, Dieu représente plutôt le principe de vie et de rationalité qui fait de cet univers une totalité organisée. Ce Dieu-là est donc par définition présent en toutes les parties de l’univers (panthéisme), dont il assure l’ordre intelligible. Chaque être joue un rôle dans cette totalité (un peu comme une cellule dans un organisme). Il se trouve que l’être humain est doté de la faculté de comprendre l’ordre universel (rationalisme).

« Il faut vivre en conformité avec la nature ». Cette devise stoïcienne montre l’articulation entre leur métaphysique et leur éthique. La nature se caractérisant par cet ordre cosmique, l’action humaine doit s’y conformer puisque, de toute façon, rien de ce qui se passe dans l’univers ne peut y déroger. C’est là le Destin. Mais, dit Sénèque, agunt volentem fata, nolentem trahunt (« le Destin conduit celui qui acquiesce mais entraîne celui qui refuse ») car il n’y a pas de fatalisme dans l’éthique stoïcienne : il ne s’agit pas de se résigner à un fatum, la liberté humaine existe, elle réside dans l’attitude d’esprit par laquelle on prend connaissance de l’ordre du monde pour y donner son assentiment. C’est là le rôle de la raison, faculté propre à l’homme lui permettant de prendre une part consciente et active à la rationalité universelle. Le sage stoïcien doit pour cela dominer ses désirs et maîtriser ses passions, acquérant ainsi liberté et paix de l’âme.

« Il y a des choses qui dépendent de nous, il y en a qui n’en dépendent pas » (première phrase du Manuel d’Epictète). Le cours des événements nous échappe en grande partie ; en revanche, le jugement que nous portons sur les événements nous appartient totalement. Il est par conséquent en notre mesure de ne pas nous laisser affecter inutilement par les échecs, les douleurs ou les deuils (on retrouve là l’attitude stoïque), mieux : c’est même notre devoir puisqu’ainsi nous remplirons notre fonction exacte d’être humain. Chacun en effet doit jouer son rôle dans l’univers, bien sûr, mais aussi plus simplement dans la société humaine, en gardant constamment à l’esprit que les statuts sociaux n’ont pas de valeur éthique propre. Ainsi, les deux derniers grands représentants du stoïcisme auront été l’un, Epictète, esclave, l’autre, Marc-Aurèle, empereur.

 

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